À l’heure où nous publions nos idées, nos lectures, nos découvertes et parfois même une partie de notre travail sur Instagram, LinkedIn, TikTok ou d’autres réseaux sociaux, ouvrir un blog peut sembler presque désuet. Pourtant, c’est justement parce que les réseaux sont devenus omniprésents, rapides et terriblement éphémères que j’ai ressenti le besoin de retrouver un espace à moi, publier sans attendre que quelqu’un décide si un sujet mérite ou non d’exister.
Je suis actuellement en train de travailler sur mon site et, dès le départ, je savais que je voulais y intégrer une partie blog, même si je me suis forcément posé cette question : à quoi bon ouvrir un blog en 2026, alors que nous passons déjà une grande partie de notre temps sur les réseaux sociaux ? La réponse est finalement assez simple : précisément parce que les réseaux sociaux ne me suffisent plus. Ce n’est d’ailleurs pas ma première tentative puisque, plus jeune, j’avais déjà créé un blog qui s’appelait Artmonie, un espace dans lequel j’écrivais et partageais ce qui m’intéressait à l’époque, avant que les réseaux sociaux ne prennent autant de place dans notre manière de communiquer, de nous informer et de montrer notre travail.
Quelques années plus tard, j’ai donc décidé de reprendre le chemin du blog, mais avec beaucoup plus d’expériences à raconter, de sujets à explorer et, surtout, avec quelques frustrations accumulées en cours de route. Car écrire sur les réseaux sociaux a ses limites. J’aime évidemment ce qu’ils permettent : publier rapidement, échanger, découvrir de nouvelles personnes, faire circuler une information ou mettre en avant un projet en quelques minutes, mais leur fonctionnement nous pousse aussi constamment vers des formats courts, immédiats et rapidement remplacés par autre chose. Une story disparaît après quelques heures, une publication se retrouve rapidement noyée dans un fil d’actualité et un contenu sur lequel on a parfois passé énormément de temps peut être presque invisible quelques jours plus tard. Or, tout ne peut pas tenir dans trois stories, une légende Instagram ou quelques centaines de caractères. Et c’est probablement l’une des principales raisons pour lesquelles ce blog existe.
Raconter ce qui ne rentre pas dans un article ou une publication Instagram
Dans mon travail de journaliste, il y a quelque chose qui me frustre depuis longtemps : ce qui apparaît dans l’article final ne représente souvent qu’une infime partie de tout ce que j’ai appris pour pouvoir l’écrire. Derrière quelques milliers de signes, il peut y avoir des heures de recherches, des dizaines de pages de documentation, plusieurs entretiens, des échanges passionnants, des pistes finalement abandonnées, des anecdotes, des éléments de contexte ou encore des réflexions qui n’auront tout simplement pas trouvé leur place dans la version publiée. Un article doit aller à l’essentiel, respecter un format, une ligne éditoriale, un angle et parfois un nombre de signes très précis, ce qui est parfaitement normal, mais cela signifie aussi qu’une grande partie de ce qui se passe en coulisses disparaît.
C’est justement cette partie-là que j’aimerais davantage raconter ici. J’aimerais pouvoir revenir sur certains articles après leur publication, expliquer comment un sujet est né, raconter ce que j’ai découvert en travaillant dessus, partager les discussions qui m’ont marquée ou encore analyser avec un peu de recul la manière dont j’ai traité une histoire. À force d’écrire, d’analyser, de produire des contenus et de réfléchir aux stratégies éditoriales des autres, on finit parfois par oublier de prendre le temps de regarder son propre travail. Ce blog sera aussi une manière de reprendre ce temps. Il y aura forcément du journalisme, mais probablement aussi beaucoup d’autres choses, parce que mes journées et mes missions me conduisent régulièrement à changer de casquette, à travailler sur des projets très différents et à découvrir des univers que je ne connaissais parfois absolument pas quelques semaines auparavant. Et puisque je m’ennuie assez vite lorsque je cesse d’apprendre, cette diversité me convient plutôt bien. J’ai besoin de chercher, de comprendre, de rencontrer des personnes, de découvrir de nouveaux sujets et, surtout, de continuer à écrire.
Un seul métier ? Moi ? Jamais !
Je crois aussi que ce blog sera une façon d’assumer pleinement quelque chose que j’ai longtemps eu du mal à résumer en une seule ligne : je suis multipotentielle, et je ne me reconnais pas dans l’idée de devoir être définie par un seul métier. Je suis journaliste, bien sûr, et c’est une part essentielle de ce que je fais, mais je ne suis pas uniquement journaliste. Selon les projets, je peux travailler sur du contenu, du web, de la stratégie éditoriale, de la communication, de la création, du conseil ou encore sur des missions très différentes qui m’amènent à mobiliser d’autres compétences et à apprendre sans cesse.
Pendant longtemps, cette diversité de casquettes pouvait donner l’impression qu’il fallait choisir, simplifier ou rentrer dans une case plus facile à expliquer. Aujourd’hui, j’ai plutôt envie de faire l’inverse : prendre le temps de raconter ce que recouvrent réellement toutes ces activités, expliquer ce que je fais derrière chaque intitulé, ce qu’elles m’apprennent les unes des autres et pourquoi elles ne sont pas contradictoires. Elles forment simplement un parcours qui ne tient pas dans un seul mot.
Donner davantage de place aux livres
Il y a également une autre raison importante derrière la création de ce blog : les livres. Je lis beaucoup et je continue à recevoir régulièrement des ouvrages en service presse, dont certains sont passionnants, bouleversants ou suffisamment stimulants pour que j’aie envie d’en parler bien davantage que dans une simple story. Et pourtant, c’est souvent ce qu’il se passe. Je reçois un livre, je le lis, je partage quelques impressions sur les réseaux sociaux et, vingt-quatre heures plus tard, tout ou presque a disparu. Je trouve cela particulièrement frustrant, d’autant que les livres ont progressivement perdu une partie de la place qu’ils occupaient autrefois dans le débat public et dans nos conversations quotidiennes.
Alors, à mon échelle, j’aimerais essayer de leur redonner un peu de cette place. Je voudrais pouvoir consacrer de vrais articles aux livres qui m’ont marquée, présenter des auteurs, revenir sur certaines idées, raconter pourquoi un ouvrage mérite selon moi d’être lu ou simplement prendre le temps de parler d’un texte sans devoir le résumer en quatre slides. Il y aura probablement également des films, notamment ceux qui me bouleversent, ceux qui continuent à me faire réfléchir plusieurs jours après les avoir vus ou ceux qui donnent immédiatement envie de discuter pendant des heures en sortant d’une salle de cinéma. Parce que finalement, ce blog n’a pas vocation à devenir uniquement une vitrine professionnelle. J’aimerais surtout qu’il soit un espace dans lequel je puisse partager ce qui m’intéresse réellement.
Continuer à informer, même quand le journalisme va moins bien
Il serait également difficile de parler de cette envie de créer un blog sans évoquer ce qui se passe actuellement dans le journalisme. Le secteur traverse depuis plusieurs années une période compliquée, les budgets diminuent dans certaines rédactions, les commandes se font parfois plus rares et les possibilités de piges ne sont plus exactement celles que beaucoup de journalistes ont pu connaître auparavant. Il y a donc forcément des sujets que j’aimerais traiter et qui ne trouveront pas de budget, de place ou de rédaction susceptible de les publier. Mais mon envie de les raconter, elle, ne disparaît pas pour autant. J’ai toujours envie d’informer. J’ai toujours envie de chercher. J’ai toujours envie de poser des questions.
Et j’ai surtout encore énormément envie d’écrire. Alors pourquoi attendre systématiquement qu’un média, une entreprise ou une rédaction me dise oui ? Bien sûr, je continuerai à proposer des sujets, à travailler avec des rédactions et à écrire pour d’autres médias parce que j’aime profondément ce métier et ce qu’il permet, mais j’ai aussi envie de garder un espace dans lequel certaines idées pourront exister même lorsqu’elles ne correspondent pas immédiatement à une commande. Ce blog me permettra donc de reprendre un peu de pouvoir sur mes propres écrits. Car lorsque nous publions uniquement sur les réseaux sociaux, nous finissons aussi par construire notre travail sur des espaces qui ne nous appartiennent pas vraiment, soumis à des algorithmes, à des formats et à des règles qui peuvent changer du jour au lendemain.Ici, les articles resteront. Ils pourront être retrouvés plusieurs mois ou plusieurs années plus tard, évoluer, être complétés et former progressivement une sorte d’archive de ce que j’aurai appris, pensé, découvert ou voulu raconter. Et cette idée me plaît énormément.
Un blog aujourd’hui, un média demain ?
Je ne sais pas encore exactement ce que deviendra cet espace. Peut-être restera-t-il simplement mon blog personnel, mon petit cocon dans lequel je pourrai écrire avec davantage de liberté, expérimenter de nouveaux formats, affiner encore ma plume et parler de sujets qui me tiennent à cœur. Peut-être qu’un jour il évoluera vers quelque chose de plus grand. Pourquoi pas un média ? Qui sait. J’ai également envie d’y mettre les autres en avant autrement, de parler des personnes dont le travail mérite d’être connu, de projets intéressants, d’initiatives que je découvre ou de parcours qui me donnent envie d’aller poser quelques questions supplémentaires. Il y a encore énormément de choses que j’ai envie de partager. Des articles que j’aimerais prolonger. Des livres dont j’aimerais parler. Des films qui m’ont bouleversée. Des personnes que j’aimerais vous faire découvrir. Des coulisses que j’ai envie de raconter. Et puis, très simplement, j’ai besoin d’écrire. Alors plutôt que d’attendre la prochaine commande, le prochain budget, le prochain algorithme favorable ou le prochain « oui », j’ai décidé de commencer ici. Bienvenue dans mon nouveau cocon.
