À l’occasion des Journées européennes du patrimoine, j’ai poussé les portes d’une institution dont on entend régulièrement parler sans forcément savoir précisément ce qui s’y passe : la Cour des comptes. Et première impression en sortant : il y a une quantité absolument vertigineuse de rapports à lire ! Mais surtout, ils permettent de comprendre beaucoup plus concrètement comment l’argent public est utilisé en France. Créée par Napoléon Ier en 1807, la Cour des comptes est une juridiction financière indépendante. Sa mission est notamment de contrôler l’emploi de l’argent public, d’évaluer les politiques publiques et d’informer les citoyens. Autrement dit, derrière les milliards inscrits dans les budgets de l’État et de la Sécurité sociale, il y a des magistrats qui vérifient, enquêtent et publient leurs conclusions. Ce qui frappe pendant la visite, c’est justement l’ampleur de ce travail. Rapports, enquêtes, décisions, recommandations : une grande partie de cette production est accessible au public. On peut donc réellement se plonger dans les dépenses publiques et comprendre où va l’argent, mais aussi découvrir les dysfonctionnements relevés par la Cour. J’ai également découvert à quel point la collégialité est importante dans son fonctionnement. Les conclusions ne reposent pas sur l’avis isolé d’un magistrat : les travaux sont examinés et délibérés collectivement. C’est assez révélateur de cette institution très française, avec ses procédures, ses magistrats, ses chambres et ses rites. Et la Cour cherche réellement à s’ouvrir aux citoyens. Les Journées du patrimoine en sont une belle illustration : le Palais Cambon accueille alors plusieurs milliers de visiteurs. Cour des comptes On découvre aussi l’impressionnante masse d’archives accumulée au fil du temps. La seule Tour Chicago en a autrefois abrité environ 400 000 liasses. La question numérique, en revanche, m’a interpellée. Lors de la visite, il nous a été expliqué que les dispositifs de protection n’avaient pas connu de nouvelles évolutions particulières depuis cet été. Difficile évidemment d’en tirer un diagnostic sur le niveau réel de cybersécurité de la Cour, mais le sujet prend une dimension particulière dans une institution qui manipule autant d’informations sensibles. Un palais pensé pour la Cour La deuxième surprise est architecturale. La Cour n’occupe pas simplement un beau bâtiment ancien reconverti en administration. Le Palais Cambon a été construit spécifiquement pour elle, sous la direction de l’architecte Constant Moyaux, avant son installation en 1912. Tout semble donc avoir été pensé pour le fonctionnement de l’institution. À côté se trouve la Tour Chicago, bâtiment novateur en béton armé inspiré de l’école d’architecture de Chicago. Ancien espace d’archives, elle accueille aujourd’hui des bureaux et des collaborateurs de la Cour. Et puis il y a le décor : escaliers, boiseries, salles de délibération, tapisseries, peintures et représentations de magistrats en robe. On entre dans tout un imaginaire de l’État français. Deux siècles après sa création, l’institution voulue par Napoléon continue ainsi de contrôler les comptes publics avec ses codes et son architecture propres. Je pensais visiter une institution financière ; j’ai finalement découvert à la fois une juridiction, un formidable fonds documentaire et un lieu de patrimoine. Même sans être passionné par les comptes publics, le bâtiment mérite à lui seul la visite. Crédit photo : Yousra Gouja
Fuites de données en France : après un été noir, une rentrée dans le doute
DGFiP, Éducation nationale, SFR… L’été 2026 a multiplié les alertes sur les fuites de données personnelles. Alors que la facturation électronique se généralise, la cybersécurité devient un enjeu économique autant qu’un sujet de protection de la vie privée. La fuite touchant la Direction générale des finances publiques (DGFiP) est devenue l’un des symboles de l’été. Des accès illégitimes, intervenus en juin et juillet après l’usurpation d’identifiants, ont permis l’extraction d’informations fiscales et cadastrales. Environ 678 000 entrées ont été concernées par la première fuite : revenu fiscal de référence, quotient familial, taux de prélèvement à la source ou données d’entreprises. La DGFiP avait coupé des accès suspects sans détecter immédiatement l’exfiltration ; la fuite n’a éclaté publiquement qu’en août. Le fisc n’est pas un cas isolé. Dans la nuit du 25 juillet, l’Éducation nationale a subi une intrusion après l’usurpation d’un compte professionnel. Le ministère a reconnu une possible exfiltration et indiqué, le 18 août, vérifier de nouvelles revendications concernant notamment des élèves. SFR a confirmé de son côté une fuite touchant des clients Fibre, avec adresses, e-mails et numéros de téléphone potentiellement accessibles. Au printemps déjà, l’ANTS estimait que 11,7 millions de comptes pouvaient être concernés par un incident de sécurité. Cette accumulation était au cœur de l’enquête de Cash Investigation diffusée dernièrement. Et franchement, ça fait peur. Peur car on peut vite, tous, se faire avoir. Même les plus avertis d’entre nous sont dans le doute. J’ai déjà reçu un courrier tellement trompeur que j’ai fait attention à l’orthographe encore plus que d’habitude. Télérama alerte sur un phénomène massif : les données volées servent à rendre les escroqueries plus crédibles. Adresse, téléphone, situation familiale ou informations fiscales peuvent être recoupés pour personnaliser un faux appel bancaire, un hameçonnage ou une usurpation d’identité. La CNIL avait déjà reçu 6 167 notifications de violations de données en 2025, dont une sur deux liée à un piratage. Et la CNIL a très peu de personnes compétentes pour travailler sur tout ça. Une cinquantaine seulement ! Un manque de moyens, notable. Facturation électronique : un nouveau point de vigilance Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques ; les grandes entreprises et les ETI doivent également en émettre. Les échanges passent par une plateforme agréée par l’État, directement ou via une solution compatible. Ces intermédiaires traitent des factures et des données de transaction ou de paiement : ils deviennent donc des maillons sensibles de la chaîne numérique. La réforme ne crée pas mécaniquement des fuites. Les plateformes agréées doivent notamment être certifiées ISO 27001 et respecter des exigences fortes d’authentification et, selon les cas, d’hébergement SecNumCloud. Mais davantage d’interconnexions, de comptes et de prestataires signifie aussi davantage de points à sécuriser. La CNIL rappelle que les violations massives impliquent souvent des sous-traitants. Pour les entreprises, le choix d’une plateforme doit donc intégrer la gestion des accès, la double authentification, la traçabilité et la réaction prévue en cas d’incident. Une fuite ne se limite donc plus à une atteinte à la confidentialité : elle peut alimenter la fraude, provoquer des pertes financières et éroder la confiance. Selon la CNIL, 41 % des personnes interrogées disent avoir déjà subi une utilisation frauduleuse de leurs données personnelles. Après l’été 2026, l’enjeu est autant d’empêcher l’intrusion que de la détecter vite et d’en limiter les conséquences. Pour aller plus loin : articles de Télérama et La Croix consacrés aux cyber-arnaques et aux vols de données ; publications de la CNIL ; communications officielles des ministères de l’Économie et des Finances, de l’Éducation nationale et de l’Intérieur ; chronologie de l’incident de la DGFiP publiée par Cybernetica. Crédit photo : École polytechnique / Institut Polytechnique de Paris / Jérémy Barande – CC BY-SA 2.0
Ce que les couleurs peuvent changer dans nos relations au travail
Pourquoi est-il si facile de travailler avec certaines personnes, alors que d’autres nous donnent l’impression de parler une langue totalement différente ? C’est la question au cœur de Surrounded by Idiots, le livre de Thomas Erikson. On me l’a conseillé à un moment où je rencontrais des difficultés avec un collègue. Depuis, je ne regarde plus tout à fait les comportements professionnels de la même manière. Tout a commencé avec une conversation assez banale. J’avais du mal à comprendre le comportement de l’un de mes collègues et, en échangeant avec l’un de ses responsables, celui-ci m’a conseillé de lire Surrounded by Idiots de Thomas Erikson. Son conseil était simple : « Lis-le et essaie de trouver sa couleur. » J’avoue que la formule m’a intriguée. Le principe du livre repose sur le modèle DISA, proche du DISC, qui classe les grands comportements en quatre couleurs : rouge, jaune, vert et bleu. L’idée n’est évidemment pas de résumer toute la personnalité d’un individu à une couleur, mais plutôt d’identifier certaines tendances dans sa manière de communiquer, de décider ou de réagir. Les rouges aiment aller vite, décider et obtenir des résultats. Les jaunes communiquent, improvisent, cherchent l’enthousiasme et les nouvelles expériences. Les verts privilégient l’harmonie, l’écoute et la stabilité. Quant aux bleus, ils aiment analyser, vérifier les faits et comprendre précisément avant de prendre une décision. Et là, forcément, j’ai commencé à reconnaître certaines personnes autour de moi. Moi ? Jaune dominant, avec une bonne dose de rouge selon les situations. Le jaune pourrait résumer son rapport au monde par : « That sounds fun, let me do it! » Et je dois reconnaître que cette façon de fonctionner me ressemble beaucoup. Au travail, nous ne fonctionnons tout simplement pas tous de la même manière C’est probablement ce que j’ai trouvé de plus intéressant dans Surrounded by Idiots. Beaucoup de frustrations professionnelles viennent du fait que nous attendons inconsciemment des autres qu’ils réagissent comme nous. Prenons un jaune et un bleu. Le jaune lance une idée, parle en même temps qu’il réfléchit, imagine déjà dix possibilités et veut essayer rapidement. Le bleu, lui, veut des données, un plan, des détails et suffisamment de temps pour analyser ce qui pourrait mal tourner. Pour le jaune, le bleu peut sembler beaucoup trop analytique. Pour le bleu, le jaune peut paraître désorganisé ou imprudent. Et pourtant, aucun des deux n’a nécessairement tort. Le livre fonctionne particulièrement bien grâce aux nombreuses anecdotes et situations concrètes proposées par Thomas Erikson. L’un de mes exemples préférés concerne quelque chose d’aussi banal que monter un meuble IKEA. Selon les profils, certains vont commencer immédiatement, d’autres lire méticuleusement la notice, d’autres encore chercher quelqu’un pour le faire avec eux. La situation est presque caricaturale, mais justement : elle permet de comprendre immédiatement comment deux personnes confrontées à la même tâche peuvent adopter des comportements radicalement différents. Évidemment, j’ai aussi beaucoup apprécié découvrir que les jaunes seraient de très bons communicants. Bien sûr ! Mais le livre va plus loin que la parole. Une grande partie de notre comportement se lit également dans le body language : posture, rythme, gestes, manière de regarder l’autre, distance, énergie ou encore façon d’occuper l’espace. À mesure que j’avançais dans le livre, je me suis surprise à observer davantage ces petits signaux. Comprendre sa « couleur » pour mieux s’adapter aux autres L’intérêt de Surrounded by Idiots n’est finalement pas de se demander toute la journée : « Lui est rouge, elle est verte, lui est bleu ». Ce qui devient intéressant, c’est la question suivante : comment adapter ma communication au fonctionnement de la personne qui se trouve en face de moi ? Avec un rouge, mieux vaut être direct et aller au résultat. Avec un bleu, fournir des faits, être précis et laisser le temps d’analyser. Avec un vert, éviter de brusquer inutilement et privilégier l’écoute. Avec un jaune, laisser davantage de place à la conversation, aux idées et à l’enthousiasme. Cette réflexion m’a rappelé, de manière assez amusante, les catégories de la saga Divergent. Sauf qu’ici, c’est évidemment beaucoup plus subtil : nous ne sommes jamais complètement enfermés dans une case. Nous pouvons avoir une couleur dominante et en exprimer davantage une autre selon le contexte. C’est d’ailleurs ce qui rend l’exercice intéressant. J’ai particulièrement aimé la partie finale du livre, lorsque Thomas Erikson échange avec différentes personnes correspondant aux quatre profils et leur demande ce qu’elles pensent des descriptions proposées. Voir les principaux intéressés réagir aux constats du livre apporte une dimension beaucoup plus vivante à l’ensemble. Je ne prendrais pas le modèle DISC ou DISA comme une science exacte ni comme une vérité absolue sur les personnalités. Mais comme outil de réflexion sur la communication au travail, il est particulièrement efficace. Et peut-être que c’est là la principale leçon de Surrounded by Idiots : les autres ne sont pas nécessairement compliqués, mauvais communicants ou impossibles à comprendre. Parfois, ils fonctionnent simplement très différemment de nous. Et apprendre à reconnaître cette différence peut déjà éviter beaucoup de frustrations.
Pourquoi ouvrir un blog à l’ère des réseaux sociaux ?
À l’heure où nous publions nos idées, nos lectures, nos découvertes et parfois même une partie de notre travail sur Instagram, LinkedIn, TikTok ou d’autres réseaux sociaux, ouvrir un blog peut sembler presque désuet. Pourtant, c’est justement parce que les réseaux sont devenus omniprésents, rapides et terriblement éphémères que j’ai ressenti le besoin de retrouver un espace à moi, publier sans attendre que quelqu’un décide si un sujet mérite ou non d’exister. Je suis actuellement en train de travailler sur mon site et, dès le départ, je savais que je voulais y intégrer une partie blog, même si je me suis forcément posé cette question : à quoi bon ouvrir un blog en 2026, alors que nous passons déjà une grande partie de notre temps sur les réseaux sociaux ? La réponse est finalement assez simple : précisément parce que les réseaux sociaux ne me suffisent plus. Ce n’est d’ailleurs pas ma première tentative puisque, plus jeune, j’avais déjà créé un blog qui s’appelait Artmonie, un espace dans lequel j’écrivais et partageais ce qui m’intéressait à l’époque, avant que les réseaux sociaux ne prennent autant de place dans notre manière de communiquer, de nous informer et de montrer notre travail. Quelques années plus tard, j’ai donc décidé de reprendre le chemin du blog, mais avec beaucoup plus d’expériences à raconter, de sujets à explorer et, surtout, avec quelques frustrations accumulées en cours de route. Car écrire sur les réseaux sociaux a ses limites. J’aime évidemment ce qu’ils permettent : publier rapidement, échanger, découvrir de nouvelles personnes, faire circuler une information ou mettre en avant un projet en quelques minutes, mais leur fonctionnement nous pousse aussi constamment vers des formats courts, immédiats et rapidement remplacés par autre chose. Une story disparaît après quelques heures, une publication se retrouve rapidement noyée dans un fil d’actualité et un contenu sur lequel on a parfois passé énormément de temps peut être presque invisible quelques jours plus tard. Or, tout ne peut pas tenir dans trois stories, une légende Instagram ou quelques centaines de caractères. Et c’est probablement l’une des principales raisons pour lesquelles ce blog existe. Raconter ce qui ne rentre pas dans un article ou une publication Instagram Dans mon travail de journaliste, il y a quelque chose qui me frustre depuis longtemps : ce qui apparaît dans l’article final ne représente souvent qu’une infime partie de tout ce que j’ai appris pour pouvoir l’écrire. Derrière quelques milliers de signes, il peut y avoir des heures de recherches, des dizaines de pages de documentation, plusieurs entretiens, des échanges passionnants, des pistes finalement abandonnées, des anecdotes, des éléments de contexte ou encore des réflexions qui n’auront tout simplement pas trouvé leur place dans la version publiée. Un article doit aller à l’essentiel, respecter un format, une ligne éditoriale, un angle et parfois un nombre de signes très précis, ce qui est parfaitement normal, mais cela signifie aussi qu’une grande partie de ce qui se passe en coulisses disparaît. C’est justement cette partie-là que j’aimerais davantage raconter ici. J’aimerais pouvoir revenir sur certains articles après leur publication, expliquer comment un sujet est né, raconter ce que j’ai découvert en travaillant dessus, partager les discussions qui m’ont marquée ou encore analyser avec un peu de recul la manière dont j’ai traité une histoire. À force d’écrire, d’analyser, de produire des contenus et de réfléchir aux stratégies éditoriales des autres, on finit parfois par oublier de prendre le temps de regarder son propre travail. Ce blog sera aussi une manière de reprendre ce temps. Il y aura forcément du journalisme, mais probablement aussi beaucoup d’autres choses, parce que mes journées et mes missions me conduisent régulièrement à changer de casquette, à travailler sur des projets très différents et à découvrir des univers que je ne connaissais parfois absolument pas quelques semaines auparavant. Et puisque je m’ennuie assez vite lorsque je cesse d’apprendre, cette diversité me convient plutôt bien. J’ai besoin de chercher, de comprendre, de rencontrer des personnes, de découvrir de nouveaux sujets et, surtout, de continuer à écrire. Un seul métier ? Moi ? Jamais ! Je crois aussi que ce blog sera une façon d’assumer pleinement quelque chose que j’ai longtemps eu du mal à résumer en une seule ligne : je suis multipotentielle, et je ne me reconnais pas dans l’idée de devoir être définie par un seul métier. Je suis journaliste, bien sûr, et c’est une part essentielle de ce que je fais, mais je ne suis pas uniquement journaliste. Selon les projets, je peux travailler sur du contenu, du web, de la stratégie éditoriale, de la communication, de la création, du conseil ou encore sur des missions très différentes qui m’amènent à mobiliser d’autres compétences et à apprendre sans cesse. Pendant longtemps, cette diversité de casquettes pouvait donner l’impression qu’il fallait choisir, simplifier ou rentrer dans une case plus facile à expliquer. Aujourd’hui, j’ai plutôt envie de faire l’inverse : prendre le temps de raconter ce que recouvrent réellement toutes ces activités, expliquer ce que je fais derrière chaque intitulé, ce qu’elles m’apprennent les unes des autres et pourquoi elles ne sont pas contradictoires. Elles forment simplement un parcours qui ne tient pas dans un seul mot. Donner davantage de place aux livres Il y a également une autre raison importante derrière la création de ce blog : les livres. Je lis beaucoup et je continue à recevoir régulièrement des ouvrages en service presse, dont certains sont passionnants, bouleversants ou suffisamment stimulants pour que j’aie envie d’en parler bien davantage que dans une simple story. Et pourtant, c’est souvent ce qu’il se passe. Je reçois un livre, je le lis, je partage quelques impressions sur les réseaux sociaux et, vingt-quatre heures plus tard, tout ou presque a disparu. Je trouve cela particulièrement frustrant, d’autant que les livres ont progressivement perdu une partie de la place qu’ils occupaient autrefois dans le débat public et dans nos conversations quotidiennes. Alors, à mon échelle, j’aimerais essayer de leur redonner un peu de